Les Worlds de Magic se sont déroulés ce week-end, réunissant l’élite mondiale du jeu pour un tournoi censé représenter le sommet de la diversité stratégique… du moins en théorie. Car en pratique, les chiffres racontent une tout autre histoire.

Une domination écrasante du bleu

Sur les 126 decks enregistrés lors du Pro Tour :

  • 115 decks jouaient du bleu, soit 91,27 % du field
  • 90 decks contenaient du rouge, soit 71,43 %

Autrement dit, ne pas jouer bleu relevait presque de l’acte militant. Et si le rouge s’impose comme la couleur secondaire dominante, certaines couleurs semblent tout simplement avoir disparu du radar compétitif.

DeckNombre%
Izzet Lessons2318,3%
Temur Otters2015,9%
Bant Airbending1612,7%
Izzet Looting1411,1%
Jeskai Control107,9%
Izzet Prowess97,1%
Simic Ouroboroid75,6%
Sultai Reanimator64,8%
Golgari Ouroboroid54,0%
Jeskai Artifacts43,2%
Dimir Bounce32,4%
Mono-Red Aggro32,4%
Dimir Midrange21,6%
Simic Otters10,8%
Golgari Dragons10,8%
Orzhov Demons10,8%
Boros Mobilize10,8%

Où sont passées les autres couleurs ?

Le constat est sans appel : certaines couleurs sont largement sous-représentées, voire quasiment absentes. Cela pose une vraie question sur les choix de design de Wizards of the Coast.
Le métagame actuel est-il le résultat d’un équilibrage volontairement orienté ? Ou assiste-t-on à un environnement où certaines couleurs n’ont tout simplement pas les outils nécessaires pour rivaliser à haut niveau ?

Quand une couleur dépasse les 90 % de représentation dans un événement aussi prestigieux, on ne peut plus vraiment parler de simple tendance.

Innovation stratégique… ou effet mouton ?

Une autre lecture est possible — et probablement complémentaire :
les joueurs sont-ils devenus trop conservateurs ?

Dans un contexte où chaque erreur coûte extrêmement cher, beaucoup préfèrent copier une liste qui a déjà gagné, plutôt que de prendre le risque d’innover. Une stratégie fonctionne une fois ? Elle est immédiatement copiée, affinée, optimisée… jusqu’à écraser toute tentative alternative.

Soyons honnêtes : à ce niveau de compétition, le risque est l’ennemi principal, et l’originalité devient souvent une faiblesse plutôt qu’un atout. La diversité stratégique en souffre, et le métagame se fige.

L’ensemble des deck Izzet (bleu/rouge) du tournois sont ni plus ni moins que l’aboutissement du croisement de esper pixies (bleu / noir / blanc) du point de vue de la mécanique et de Izzet spell (qui à performer au dernier pro tour). Deux des cartes clefs ont entre temps été bannies : Vivi ornitier et Némésis hurlante, mais les ressources bleu/rouge semble inépuisable puisque de multiple variante de Izzet on vu le jour: prouesse, pioche, loutres, sorts, contrôle…

Les cartes les plus jouées : cause ou conséquence ?

Les statistiques des cartes les plus jouées lors de ces Worlds confirment cette dynamique. On retrouve massivement les mêmes piliers, moteurs de valeur et outils d’interaction, presque exclusivement dans les mêmes combinaisons de couleurs (merci à bébé taupe blaireau qui ajoute un peu de diversité).

Les trois cartes les plus jouer sont sans surprise Talent du chasse orage, Les bases du boomerang, incendiez la tour!

NomTotalDeck principalSide
Talent du chassorage2642640
Les bases du boomerang2532530
Incendiez la tour!20819018
Bébé taupe blaireau1831830
Démonstration d’Iroh976235

Ces cartes sont-elles dominantes parce qu’elles sont trop fortes… ou sont-elles simplement jouées parce que tout le monde joue les mêmes decks ?

La frontière est mince.

Un signal d’alarme ?

Ces Worlds laissent un goût mitigé. Le niveau de jeu est exceptionnel, les décisions sont millimétrées, mais la diversité des decks est alarmante.
Que ce soit un problème de design, de métagame figé ou de mentalité compétitive trop prudente (probablement un peu des trois), une chose est sûre : voir 9 decks sur 10 jouer la même couleur devrait interpeller.

Reste à voir si les prochains ajustements — bannissements, nouvelles éditions ou simples évolutions du métagame — permettront de rééquilibrer tout cela… ou si le bleu continuera de régner sans partage.

Félicitations au vainqueur : Seth Manfield

Il serait évidemment injuste de conclure sans féliciter le grand vainqueur de ces Worlds : Seth Manfield, qui s’impose avec Izzet Leçon. Dans un métagame ultra-dominé par le bleu et le rouge, Seth a su parfaitement maîtriser l’un des archétypes les plus exigeants du format, faisant preuve d’une précision technique et d’une lecture du jeu irréprochables et de quelques bonnes pioches évidement.

Sa performance rappelle qu’au-delà des débats sur l’équilibrage des couleurs ou la diversité du format, le talent du joueur reste le facteur déterminant à ce niveau de compétition et dans des match up miroir. Bravo à lui pour cette victoire méritée.

World MTG 31 emporium

Au-delà des débats sur le métagame, impossible de ne pas souligner la beauté de la coupe. La mise en scène était à la hauteur de l’événement : trophée élégant, finitions soignées et symbole fort de l’excellence compétitive. Une récompense qui reflète parfaitement le prestige des Worlds et la valeur de la performance accomplie pour la remporter.

Article rédigé par Jonathan, Mage de l’Emporium du D20.

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